Célibataire volontaire ou involontaire?

Certaines personnes vivent mieux la solitude que d’autres.  Il serait peu risqué d’affirmer que la plupart des gens apprécient la compagnie de leurs proches mais veulent parfois profiter de certains moments seuls avec eux-mêmes.  On peut présumer que tous cherchent inconsciemment un équilibre entre les moments de solitude et les rencontres sociales.

Cette situation s’applique à tous les statuts : des enfants aux retraités en passant par les gens en couple et les ados.  Elle s’applique bien évidemment aussi aux personnes célibataires.

CÉLIBAT : PRESQUE TOUJOURS INVOLONTAIRE?

Bien que plusieurs se targuent d’être célibataire par choix, rares sont ceux qui célèbrent leur statut de célibataire. Ces célibataires volontaires se font discrets, et plusieurs doutent que leur bonheur soit complet.

Les autres, que nous pourrions appeler célibataires involontaires, le sont un peu malgré eux.  On peut présumer qu’avec le temps, cette situation non souhaitée devienne irritante.  Combien de fois peut-on endurer grand-maman qui demande « Comment ça se fait que tu n’as pas de copain au réveillon de Noël, cette année encore? »

Mais si cette situation est inconfortable, qu’en est-il de ceux qui sont célibataires depuis toujours?  Ceux et celles qui n’ont jamais connu de relation intime, à quelque niveau que ce soit. Ceux et celles qui n’ont jamais embrassé et caressé une fille.  Ceux et celles qui n’ont jamais senti l’étreinte amoureuse d’un homme.  Ceux et celles qui ont tout essayé mais qui ont l’impression d’être dépassés par la situation.

DIFFÉRENTS NIVEAUX DE FRUSTRATION

Plusieurs choses de la vie peuvent éveiller des frustrations.  On ne parvient pas à faire un bon soufflé malgré nos multiples tentatives.  On ne parvient pas à faire apparaître ces satanés abdominaux malgré les heures d’entraînement et le régime alimentaire.  Mais ces exemples pâlissent devant la détresse d’une personne qui n’est jamais parvenue à séduire une autre personne.  Celle qui enchaîne les rencontres et les approches mais vit un rejet constant ou pire encore, une indifférence totale.  Peu d’entre nous peuvent imaginer le poids de cette incapacité à initier un type de relation qui promet tant à ceux qui la vivent.

Ce qui est encore plus souffrant peut-être est que nous sommes livrés à nous-mêmes dans ce célibat involontaire.  Ton ami qui aime la popotte peut t’aider à réussir ton soufflé et ton amie entraîneure peut t’aider pour les abdos.  Mais personne ne peut trouver l’amour pour toi.  On te proposera des livres ou des services de rencontre, mais le problème est que le charme relève du savoir-être et très peu du savoir-faire.  Personne ne rit la blague d’une personne qui n’est pas drôle. Tout comme personne ne sera charmé par quelqu’un qui n’est pas naturel avec la séduction.

UN ACTE TERRIBLE

Ce sentiment d’inadéquation a poussé récemment un jeune homme à commettre l’irréparable.  Au volant d’un camion bélier, l’homme de 25 ans a roulé à tombeau ouvert sur les trottoirs du centre-ville de Toronto, renversant de parfaits inconnus et en tuant 10 au passage.  L’enquête nous permettra de déterminer si l’individu avait des problèmes psychologiques, on peut le présumer.  Il a lui-même écrit une publication juste avant le crime, mentionnant à quel point il en avait soupé des rejets de toutes les femmes qu’il approchait.  Loin de moi l’idée d’excuser son geste.  Mais il vivait de toute évidence beaucoup de souffrance de son « célibat involontaire » comme il l’a lui-même affirmé dans cette même publication.

Ce cas isolé est, fort heureusement, un cas isolé!  Ce n’est pas demain que tous les célibataires involontaires prendront des moyens aussi extrêmes pour exprimer leurs frustrations.  Mais à tous ceux qui sentent parfois qu’ils ont atteint un plateau, que leur avenir de célibataire semble immuable, il y a peut-être un moyen de changer son destin. Et ce moyen implique de faire des changements (le premier pourrait être pour certains d’arrêter de blâmer les gens de l’autres sexe).

SOMMES-NOUS PRÊTS À CHANGER?

On doit dès lors se demander si nous sommes prêts à faire des changements.  Je ne parle pas ici de changer de coupe de cheveux.  Ces changements devront être profonds, exigeront beaucoup d’efforts : rencontrer de nouveaux amis, se développer un nouveau réseau. Peut-être en s’inscrivant à un cours, à une activité, en sortant de sa routine.  On peut changer son alimentation, l’heure à laquelle on va au lit ou encore commencer la pratique d’une nouvelle activité physique.  Tous ces changements permettent de brasser les cartes et d’arriver, peut-être, à un dénouement différent à la partie.

Les vieux diraient : Il faut changer le mal de place!  Sage citation.  Mieux vaut changer le mal de place que de s’enliser dans celui-ci et commettre des gestes regrettables.

À la mémoire des victimes de l’attaque à la voiture-bélier à Toronto le 23 avril dernier.

François Asselin