Je t’aime chez toi

Nous en connaissons tous un. Un couple qui carbure à l’intensité.

Elle l’a rencontrée à un BBQ chez une amie et ça a cliqué.  Ils se sont revus le lendemain et ont passé le weekend suivant ensemble.  Puis, un mois plus tard, ils ont pris deux semaines de congé pour faire du vélo de montagne dans l’Ouest canadien.  Au retour, ils ont planifié leur retraite en se textant deux fois par heure.  Et après 6 semaines de fréquentations, ils nous annoncent qu’ils emménagent ensemble, qu’ils achèteront un chien, des poules et commenceront à faire du compost bio.

UN SENTIMENT PARADOXAL

Lorsqu’on les invite à un souper de couple, les voir s’étreindre nous épuise.  Lui assis sur le divan, elle assise sur ses genoux, les deux plus ou moins concentrés sur ce qui se dit autour.  On éprouve un sentiment paradoxal en les observant.

Une partie de nous les envie.  Quelle abstraction des normes, quelle énergie, quelle fougue.  Ils doivent en faire des culbutes lorsque les voisins dorment.  Les chanceux.

L’autre partie de nous les trouve déplacés.  Quelle impolitesse, quel manque de retenue, quel comportement juvénile.  Ils sont sûrement dépendants affectifs.  Pauvres eux.

JE SUIS PLATE!

Je fais plutôt partie de la deuxième partie.  Dans une relation, j’ai toujours été celui des deux qui est plus côté tête que côté cœur.  Je suis rationnel, cartésien et je ne prends que peu de décisions émotives.  Je suis plus fourmi que cigale.  Plusieurs pensent secrètement que je suis plate.  Je leur concède.  En apparence, je suis plate.

C’est que j’aime ma blonde, mais je prends mon temps.  Je n’ai pas planifié les 3 prochaines années de ma vie avec elle, après nos 3 premières semaines de fréquentations.  Et elle non plus.  Nous sommes un couple depuis plus de deux ans, et nous n’habitons toujours pas ensemble.

PEUR DE FAIRE LE MOVE?

J’entends d’ici les gens se dire : « Je ne sais pas comment ils font.  Moi, quand j’aime quelqu’un, je veux être toujours avec lui. »  Bien sûr, je veux toujours être avec ma blonde et je trouve parfois redondant de préparer mon sac pour aller dormir chez elle.

Mais parfois, je suis content d’avoir mon chez-moi.  Et je suis aussi content d’avoir de la facilité à accepter le fait qu’elle ait son chez-soi.  Nous avons chacun nos enfants, chacun un minou et tout ça, chacun chez nous.

Peut-être que les observateurs croient que nous ne nous aimons pas suffisamment pour « faire le move ».  Rien de plus faux.  En fait, c’est peut-être bien le contraire.  Ma blonde et moi avons les meilleurs voisins.  Nos enfants jouent avec les enfants du voisinage et c’est beau à voir.  Nous vivons tous deux dans des quartiers dynamiques et nous aimons notre environnement.  Nous avions tout ça avant de nous rencontrer et nous y étions heureux.  Emménager ensemble dans une nouvelle maison changerait tout ça.

Et puis, il y a le côté positif aussi.  Je reçois toujours ma blonde comme si elle était mon invitée.  Et lorsque je la visite, je me sens un peu comme à l’hôtel.  Ça change le mal de place.  Si je veux un moment de solitude, je peux rentrer chez moi.  Et elle viendra me rejoindre plus tard.  Ce sera un nouveau début de journée.

UNE MARQUE DE SAGESSE

Lorsque nous parlons de notre situation dans notre entourage, il est surprenant de constater à quel point les avis divergent selon l’âge des gens.  Les plus jeunes nous regardent avec des regards empreints de compassion et ajoutent : « C’est correct.  Peut-être qu’à un moment donné, vous allez pouvoir habiter ensemble ».  Peut-être.  Mais la réaction des personnes plus âgées est très comique.  Hommes et femmes aînés nous disent : « Ah!  Vous faites bien, c’est parfait ça! »

Cela signifierait-il que ce soit le choix de la sagesse?

NOUS SOMMES DES ÉTOILES

Notre galaxie renferme des milliards d’étoiles de plusieurs types.  Les géantes bleues sont gigantesques et le processus de fusion nucléaire dans leur cœur est intense.  Celui-ci brûle une énorme partie de la masse de l’étoile à chaque seconde et l’étoile brille d’un bleu aveuglant.  À bout de carburant, le cycle atteint vite un terme et l’étoile explose en une gigantesque supernova, influençant tout son environnement, à des années-lumière à la ronde.

Les naines jaunes, comme le soleil par exemple, sont beaucoup plus petites.  Elles brillent beaucoup moins fort, mais consomment moins de matière.  Elles ont une vie très longue et meurent sous la forme d’une naine blanche qui lentement s’éteint telle une braise un soir du mois d’août.

À vous de décider. Voulez-vous d’une relation géante bleue ou naine jaune?  Moi, je préfère mon soleil.

Chérie, je t’aime lentement mais pour longtemps.  Un jour, nous habiterons ensemble.  Mais pour l’instant, je t’aime chez moi et chez toi.

-François Asselin